L’engagement public.
Voici une technique efficace inspirée de Maryvonne Fournier de son ouvrage de référence (1). Le patient pour arrêter son pouce signe un engagement écrit. « en tête à tête avec l’enfant, on lui propose de s’asseoir au bureau et d’écrire sur son dossier : « je promets d’arrêter de sucer mon pouce », date et signature.
Cette proposition doit se faire avec une certaine solennité, en précisant que s’il échoue on l’aidera d’une autre façon. Ce moyen donne d’excellents résultats »
Pour les arrêts du pouces que j’ai pris en charge, j’y ai incorporé une nuance, « je promets de faire tous les efforts pour arrêter de sucer mon pouce ». La raison est simple, en cas de récidive dans le processus d’arrêt, l’enfant avec cette terminologie ne se met pas en situation d’échec. En définitive, même en remettant inconsciemment son pouce, il est fidèle à son engagement de faire des efforts et cela ne rend pas son contrat moral caduque. Il peut donc continuer dans son processus d’arrêt.
En effet les bonnes résolutions sont toujours abandonnées si les récompenses internes sont mises à mal.
Lui faire écrire cette résolution est une solution ingénieuse. Elle permet d’associer la parole à l’acte, d’engrammer cette possibilité au moins sur du court terme. En effet la proposition venant d’une source extérieure, elle va se buter à des conflits internes au fil du temps. Profitons de cette mèche pour démarrer solidement le traitement ou la rééducation.
À ce titre, lui faire lire également à haute voix est un acte important, à fortiori si un parent est présent. L’engagement public est une clé de motivation très forte
Dans l’expérience de Gérard et Deutsch (2) on perçoit l’importance de l’écriture dans le respect de ses prises de décisions. C’est une variante de l’expérience très fameuse de Asch (3) que je vais exposer ici :
a) On dit aux sujets qu’ils participent à une expérience sur la perception, et qu’ils doivent coupler une ligne modèle de longueur donnée avec la ligne, choisie parmi trois autres, qui est à leur avis de même longueur que la ligne modèle.
b) Il est facile de donner des réponses justes ;
c) Chaque séance expérimentale ne comporte qu’un seul sujet naïf ; les autres membres qui, en apparence, sont des sujets expérimentaux, sont en fait des acteurs ( « comperes ») qui se limitent à suivre les consignes de l’expérimentateur ;
d) Tout sujet (naïf ou compère) doit émettre son avis à voix haute, chacun son tour devant les autres ;
e) Les sujets compères donnent à l’unanimité douze réponses fausses sur les dix-huit estimations à faire ; leurs erreurs sont grossières et incontestables
1/4 seulement des candidats sont capables de faire zéro faute avec la pression sociale. Voilà qui nous montre la force de l’œil public

Deutsch et Gérard proposent l’expérience similaire avec un groupe qui peut écrire sur une ardoise magique ses choix. Le candidat écrit puis efface sa réponse, il a moins de fautes influencées par les compères dans le test. Cela revient à dire que l’écriture peut renforcer l’engagement interne du candidat
Voilà pourquoi faire écrire ou signer un document est une valeur d’engagement moral efficace pour les patients. Cela fonctionne avec le pouce ou les gouttières fonctionnelles.

Je donne une promesse d’engagement pour le pouce ou une charte d’engagement pour les gouttières. Je fais en sorte que l’effort du patient soit partagé avec une personne qu’il aura choisie et dont il en espère une reconnaissance ou une gratification en retour
Ce document est ensuite scotché au dessus du lit de l’intéressé, qui pour moi est la scène où tout se joue pour le pouce ou la gouttière
Références :
(1) Maryvonne Fournier, « les rééducations des fonctions dans la thérapeutique orthodontique » p 179
(2) Deutsch, M., & Gerard, H. B. (1955). A study of normative and informational social influences upon individual judgment. The Journal of Abnormal and Social Psychology, 51(3), 629–636. https://doi.org/10.1037/h0046408
(3) S. E. Asch, « Effects of group pressure upon the modification and distortion of judgments », in H. Guetzkow (ed.) Groups, leadership and men, Carnegie Press, Pittsburgh, PA, 1951.