Le télétravail peut-il être un avantage dans l’orthodontie ?

L’importance du monitoring.

En 2007, 2 phlébologues (1) publient une étude intéressante sur la compliance.

Ils choisissent un groupe de 40 femmes qu’ils suivent sur 4 semaines, et leur donnent des bas de contention avec capteur thermique. Dans le premier groupe ils donnent les consignes usuelles de port et dans le second ils donnent des consignes complètes avec des rappels SMS ou téléphoniques chaque semaine.

Grâce au monitoring sms et téléphone, on arrive à doubler le temps de port des bas de contention.

On notera, comme on le retrouve dans d’autres études, que la compliance meme optimisée reste faible en attente de ce que l’on pourrait espérer. Néanmoins le monitoring est une clé fondamentale dans la compliance

Il y a presque 20 ans aux États-unis est né le homeshoring. C’est la mise en place de plateformes téléphoniques à domicile. Ces entreprises ont les meilleures appréciations en terme de service client. (2)

Incroyable, quand on pense à la réputation des fameux calls centers délocalisés.

Le télétravail permet l’autonomie de nos assistants et à ce titre donne de meilleurs résultats.

Si on considère que le monitoring reste un outil fondamental dans l’amélioration de la compliance, alors oui le télétravail permet de gérer avec rigueur et engagement le suivi des cas thérapeutiques.

Références :

(1) Chahim et Benigni, JMV Mars 2017, Étude prospective randomisée sur la compliance des patients pour le port de bas de compression utilisant un capteur thermique. Rôle des recommandations du praticien pour améliorer la compliance.

https://www.researchgate.net/publication/316503337_Etude_prospective_randomisee_sur_la_compliance_des_patients_pour_le_port_de_bas_de_compression_utilisant_un_capteur_thermique_Role_des_recommandations_du_praticien_pour_ameliorer_la_compliance

(2) Daniel H. Pink, la vérité sur ce qui nous motive 2011, Partie 2 Chapitre 5 in « l’art d’être autonome »

Quelle posture adopter pour rendre nos patients complients ?

La motivation des patients est proportionnelle à la conviction du praticien.

Du moins c est ce que l’on a admis.

«les progrès sont généralement rapides si la motivation de l’enfant et celle de la famille ont été suscitées par la conviction du praticien et de son équipe » (1)

L’effet sawyer

Tom ne demande pas aux autres d’être motivé, il ne donne pas d’explications sur la manière de peindre. Il n’a pas besoin d’un grand discours, ce qu’il fait c’est inciter à la curiosité. En laissant toute la liberté de choix à ces camarades.

Finalement, comme l’énonce Mark Twain « travailler c est faire tout ce qui nous est imposé, et s’amuser exactement l’inverse »

On peut donc mettre sous silence tout le discours rationnel ou informationnel que l’on dispense à nos patients. Il est peu impactant. Dans un premier temps si on désire juste obtenir de l’engagement du patient dans le traitement, lui expliquer par A + B que c’est dans son intérêt, il y a de fortes chances qu’il écoute d’une oreille lointaine et sans effet notoire.

Bernard Werber l’illustre bien dans sa maxime « Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous voulez entendre, ce que vous entendez, ce que vous croyez en comprendre, ce que vous voulez comprendre, et ce que vous comprenez, il y a au moins neuf possibilités de ne pas se comprendre. » (2)

Donner la liberté, c’est donner le choix dans la décision

« Tu es libre de démarrer quand tu seras prêt »

Cette phrase nous permet de mettre le maximum de chances dans l’acceptation.

De plus, on utilise ici un choix illusoire, sous-entendu qu’il portera quoiqu’il arrive l’appareil, tout n’étant qu’une question de timing

Références :

(1) Daniel Rollet 2012 « De l’éducation fonctionnelle à l’occlusion fonctionnelle »

(2) innerview réalisée par le journaliste et cogniticien Jean-Louis Servan Schreiber sur son site L’espèce de Bernard Werber

Le conformisme est il une clé de motivation ?

Solomon Asch (1) élabore en 1951 les prémices de la psychologie sociale avec une expérience en forme de test de perception visuelle.

On doit associer le segment A avec celui de même taille 1,2 ou 3.

La réponse est évidente.

Le candidat va donner sa réponse publiquement chacun son tour après 5 autres candidats. Sauf que les autres candidats sont en réalité des compères ( des acteurs tout simplement ) qui vont donner de fausses réponses volontairement.

Sur 18 questions qui se suivent dans le groupe sans compères les candidats font un sans faute dans 95% des cas.

Dans le groupe avec les compères, c’est seulement 25% des candidats qui sont capables d’avoir l’ensemble des réponses justes.

Une vidéo de l’époque est édifiante

Asch a fait également varier le nombre de personnes pour voir si le conformisme était proportionnel au nombre de personnes.

Il semblerait que seule la possibilité de faire partie d’un groupe est prédominante.

On peut d’ailleurs le voir dans cette vidéo de salle d’attente. La norme sociale s’établit dès que le notion de groupe (numéraire ou symbolique) peut se constituer.

Dans notre pratique, il est par conséquent judicieux de créer ou sous entendre un groupe.

Pour inciter à porter un appareil on pourra s’adresser à l’enfant de cette façon « Sur tous les enfants qui participent au programme des gouttières, 100% ont trouvé que c’était facile de le porter et de réussir »

Porter des gouttières c’est dorénavant faire partie d’un groupe, ou d’un programme. Vous pouvez dès lors, montrer des photos ou des vidéos de ces enfants qui feront figure de témoignage.

Une étude italienne ingénieuse (2), propose à 80 patients nouvellement appareillés de se retrouver dans un groupe WhatsApp (avec des pseudos anonymes) pour un partage photo de leur sourire et compétition sur l’aspect de leur dents (indice de plaque évalués avec santé gingivale). Chaque samedi un modérateur évalue les photos et établit un top 5 des meilleurs participants de la semaine.

Les 3 premiers mois il n’y a pas de différence entre le groupe contrôle et le groupe d’études. Les améliorations deviennent évidentes dans le groupe d’étude dès que la phase de nouveauté disparaît pour le groupe contrôle et que la motivation diminue sur du long cours, c est à dire dès 6 mois

Références :

(1) Asch, S.E. (1951) « Effects of group pressure upon the modification and distortion of judgments » In H. Guetzkow (ed.) Groups, leadership and men. Pittsburgh, PA: Carnegie Press.

(2) Francesca Zotti, Domenico Dalessandri, Stefano Salgarello, Mariagrazia Piancino, Stefano Bonetti, Luca Visconti, Corrado Paganelli (2016) « usefulness of an app in improving oral hygiene compliance in adolescent orthodontic patients » angle orthod 86 (1): 101–107.

(3) Eppright M, Shroff B, Best AM, Barcoma E, Lindauer SJ « Influence of active reminders on oral hygiene compliance in orthodontic patients » Angle Orthod. 2014;84:208–213.

Pour quelle raison, on doit faire payer nos traitements !

Quel rôle joue le prix d’un traitement dans le phénomène de placebo ?

Dans une expérience dirigée par Dan Ariely en 2007 (1), l’efficacité d’un placebo est testée en fonction de son prix. Des cobayes indiquent la quantité de douleur ressentie suite à des décharges envoyées par des électrodes. Ces cobayes prennent un analgésique, en fait de la vitamine C, et 15 minutes après ils évaluent la douleur ressentie sur une échelle de valeur. Pour un placebo à 10 cts le cachet, 1 cobaye sur 2 estime que la douleur a diminué. Pour un cachet à 2,5$, la quasi totalité a ressenti une diminution de leur souffrance avec la vitamine C.

En définitive, la valeur pécuniaire de votre traitement orthodontique donnera plus de confiance et de crédibilité auprès des parents.

En faisant des traitements gratuits, vous avez plus de chance d’avoir moins de crédit et de support de la part des parents. Ça peut être le cas des patients sous couverture mutuelle universelle, où il est judicieux pour cette raison de demander un chèque de caution afin de donner un prix à votre traitement. De même pour les autres parents qui ont une mutuelle, je préconise de faire régler un acompte dès la première séance de pose.

Références :

(1) Rebecca Waber, Baba Shiv, Ziv Carmon, Dan Ariely « paying more for less pain ». 2007 MIT

Le premier contact, comment aborder l’enfant favorablement ?

De façon très simple, le premier contact se fait avec ces 2 questions d’ordre rhétorique :

  • (Bonjour – prénom -)
  • Quel âge as tu ? ( même si vous le savez déjà)
  • Dans quelle classe es tu ?

En clair, si votre patient répond « j’ai 7ans et demi » vous savez déjà que ce sera un candidat idéal pour lui proposer des pistes qui le feront grandir.

Elles sont pour l’enfant la possibilité de définir son identité. Les enfants entre 6-9 ans se définissent en premier lieu par leur âge. J’en veux pour preuve cette expérience sur 88 enfants parisiens (1) à qui on demande « depuis combien d’années es tu né ? » quelques jours après leur anniversaire. L’expérimentateur remarque, par hasard, que certains enfants indiquent une demi année. On comprend que l’âge est un attribut changeant qui permet la valorisation. Le demi ne signifie pas « la moitié » mais « beaucoup plus ».

Demander son âge à un enfant c’est l’inciter à se sentir grand, ce qui peut être parfaitement congruent avec votre communication sur le besoin de porter un appareil orthodontique.

Enfin, « Dans quelle classe es tu ? » cette phrase rattache l’enfant dans son environnement social. Elle l’incite à être vigilant sur les schémas de comparaison. Cette amorce va nous permettre d’optimiser l’écoute pour les notions suivantes : l’œil social, l’influence par la majorité de groupe ( motivation externe ), et l’influence par l’idéal social ( motivation interne ).

Références :

(1) « Quel âge as-tu ? ». Une étude sur la notion d’âge chez les enfants de 6 à 10 ans.
M. Ziade, F. Cronier, R. Zazzo

Article dans ENFANCE 1981 pp 133-140

https://www.persee.fr/doc/enfan_0013-7545_1981_num_34_3_2754

Est-ce que nos patients portent en réalité nos dispositifs ?

Un tour d’horizon sur la compliance.

Une étude suisse (1) très intéressante, relate la durée du port du casque (headgear) sur 20 enfants en malocclusion de classe II, de 8 à 12 ans.

L’idée, c’est que le casque enregistre la température et la force toutes les 15 minutes.

Le casque est considéré comme utilisé lorsque la force est supérieure à zéro et que la température est proche de la température du corps humain de 35 à 37 °C. Difficile de tromper les résultats avec ces 2 moyens d’enregistrement différents.

Afin d’évaluer la compliance au port, on a demandé aux jeunes patients de porter le dispositif durant 12 heures par jour pendant la période de 8 à 9 mois de l’étude. Tous les patients étaient informés de l’enregistrement et recevaient les mêmes instructions. Le comportement d’utilisation a été observé quotidiennement sur 24 heures.

Résultats :

La durée moyenne de port était de 8,7 heures par jour les jours où le casque était utilisé, ce qui correspond à une compliance de 73 % par rapport aux 12 heures prescrites.

Sauf que le casque n’a pas été utilisé du tout pendant 30 % des jours (une moyenne de 2,6 mois). Il n’a donc été utilisé effectivement que pendant 5,8 mois dans la période d’étude. Si l’on inclut ces jours de non-utilisation, la compliance moyenne tombe à 6,4 heures par jour, ce qui correspond à un taux de compliance de 54 %.

Le taux de compliance restait constant avec 72 % en moyenne au cours des mois d’octobre à mai.

Néanmoins de juin à septembre, il est tombé à 33 % en moyenne. Et pendant les mois d’été, vacances scolaires pour les élèves suisses, de juillet et d’août, la compliance a été la plus faible. Certains participants à l’étude ont complètement oublié de porter leur casque pendant toute la période des vacances ou l’ont simplement oublié à la maison.

Le casque est utilisé presque exclusivement le soir et la nuit, l’utilisation pendant la journée est rare.

Pendant les heures de nuit, de minuit à 7 h, le taux moyen de compliance était de plus de 50 %.

Pendant la journée, il était presque nul, surtout entre 11 et 20 h.

De 8 à 20 h, le casque n’a été porté en moyenne qu’une demi-heure. Cependant, le soir et la nuit, de 20 à 8 h, la moyenne est de 6 heures.

Fait intéressant ; on remarque de faibles différences de compliance entre les jours de semaine et les fins de semaine.

En 1974, Michael Northcutt (2) a introduit un dispositif de chronométrage dans le casque pour mesurer objectivement la compliance.

Quand ses patients ignoraient l’enregistrement, ils déclaraient porter le casque pendant 11 heures par jour, alors que leur temps de port réel n’était que de 6,5 heures sur les 12 heures prescrites (d’où 54 % de compliance au port de casque).

Quand il les informaient de l’enregistrement, il a observé un doublement de la durée d’utilisation hebdomadaire. Néanmoins il s’est aussi aperçu que des patients falsifiaient les résultats.

Une équipe brésilienne dans les années 2000 (3) rapporte que les patients informés d’être chronométrés dans leur port du casque utilisaient 6,7h le dispositif, au lieu de 5,6h quand ils n’étaient pas informés, et le tout sur 12h de prescription. Soit une augmentation de compliance de 48% à 56%.

Ces recherches montrent que les méthodes d’évaluation de la compliance par le patient sont largement surestimées et peu fiables (4). De plus le système pédagogique de surveillance, avec dispositif électronique dans l’appareil, donne lieu à une légère augmentation des résultats de port mais aussi des comportements de falsification.

En conclusion, l’orthodontiste pour l’instant peut facilement déduire la compliance à partir de paramètres cliniques tels que l’ajustement de l’appareil, l’hygiène buccale, l’évaluation de la mobilité molaire, la distance entre les dents et la comparaison des progrès du traitement avec la documentation du traitement initial(3).

Références :

(1) Luis Huanca Ghislanzoni, Sofian Ameur, Gregory S. Antonarakis and Stavros Kiliaridis. « Headgear compliance as assessed by a temperature-sensitive recording device: a prospective clinical study »

European Journal of Orthodontics, 2019, 1–5 doi:10.1093/ejo/cjz036 Original article

(2) Northcutt, M. (1974) « The timing headgear » Journal of Clinical Orthodon- tics, 8, 321–324.

(3) Brandão, M., Pinho, H.S. and Urias, D. (2006) «Clinical and quantitative assessment of headgear compliance: a pilot study ». American Journal of Orthodontics and Dentofacial Orthopedics, 129, 239–244.

(4) Bos, A., Kleverlaan, C.J., Hoogstraten, J., Prahl-Andersen, B. and Kuit- ert, R. (2007) «Comparing subjective and objective measures of headgear compliance ». American Journal of Orthodontics and Dentofacial Orthope- dics, 132, 801–805.

Connaissez-vous l’outil le plus puissant pour engager vos patients dans le début d’un traitement ?

L’engagement public.

Voici une technique efficace inspirée de Maryvonne Fournier de son ouvrage de référence (1). Le patient pour arrêter son pouce signe un engagement écrit. « en tête à tête avec l’enfant, on lui propose de s’asseoir au bureau et d’écrire sur son dossier : « je promets d’arrêter de sucer mon pouce », date et signature.

Cette proposition doit se faire avec une certaine solennité, en précisant que s’il échoue on l’aidera d’une autre façon. Ce moyen donne d’excellents résultats »

Pour les arrêts du pouces que j’ai pris en charge, j’y ai incorporé une nuance, « je promets de faire tous les efforts pour arrêter de sucer mon pouce ». La raison est simple, en cas de récidive dans le processus d’arrêt, l’enfant avec cette terminologie ne se met pas en situation d’échec. En définitive, même en remettant inconsciemment son pouce, il est fidèle à son engagement de faire des efforts et cela ne rend pas son contrat moral caduque. Il peut donc continuer dans son processus d’arrêt.

En effet les bonnes résolutions sont toujours abandonnées si les récompenses internes sont mises à mal.

Lui faire écrire cette résolution est une solution ingénieuse. Elle permet d’associer la parole à l’acte, d’engrammer cette possibilité au moins sur du court terme. En effet la proposition venant d’une source extérieure, elle va se buter à des conflits internes au fil du temps. Profitons de cette mèche pour démarrer solidement le traitement ou la rééducation.

À ce titre, lui faire lire également à haute voix est un acte important, à fortiori si un parent est présent. L’engagement public est une clé de motivation très forte

Dans l’expérience de Gérard et Deutsch (2) on perçoit l’importance de l’écriture dans le respect de ses prises de décisions. C’est une variante de l’expérience très fameuse de Asch (3) que je vais exposer ici :

a) On dit aux sujets qu’ils participent à une expérience sur la perception, et qu’ils doivent coupler une ligne modèle de longueur donnée avec la ligne, choisie parmi trois autres, qui est à leur avis de même longueur que la ligne modèle.

b) Il est facile de donner des réponses justes ;

c) Chaque séance expérimentale ne comporte qu’un seul sujet naïf ; les autres membres qui, en apparence, sont des sujets expérimentaux, sont en fait des acteurs ( « comperes ») qui se limitent à suivre les consignes de l’expérimentateur ;

d) Tout sujet (naïf ou compère) doit émettre son avis à voix haute, chacun son tour devant les autres ;

e) Les sujets compères donnent à l’unanimité douze réponses fausses sur les dix-huit estimations à faire ; leurs erreurs sont grossières et incontestables

1/4 seulement des candidats sont capables de faire zéro faute avec la pression sociale. Voilà qui nous montre la force de l’œil public

Deutsch et Gérard proposent l’expérience similaire avec un groupe qui peut écrire sur une ardoise magique ses choix. Le candidat écrit puis efface sa réponse, il a moins de fautes influencées par les compères dans le test. Cela revient à dire que l’écriture peut renforcer l’engagement interne du candidat

Voilà pourquoi faire écrire ou signer un document est une valeur d’engagement moral efficace pour les patients. Cela fonctionne avec le pouce ou les gouttières fonctionnelles.

Je donne une promesse d’engagement pour le pouce ou une charte d’engagement pour les gouttières. Je fais en sorte que l’effort du patient soit partagé avec une personne qu’il aura choisie et dont il en espère une reconnaissance ou une gratification en retour

Ce document est ensuite scotché au dessus du lit de l’intéressé, qui pour moi est la scène où tout se joue pour le pouce ou la gouttière

Références :

(1) Maryvonne Fournier, « les rééducations des fonctions dans la thérapeutique orthodontique » p 179

(2) Deutsch, M., & Gerard, H. B. (1955). A study of normative and informational social influences upon individual judgment. The Journal of Abnormal and Social Psychology, 51(3), 629–636. https://doi.org/10.1037/h0046408

(3) S. E. Asch, « Effects of group pressure upon the modification and distortion of judgments », in H. Guetzkow (ed.) Groups, leadership and men, Carnegie Press, Pittsburgh, PA, 1951.

Comment se servir des vidéos pour améliorer la compliance ?

La preuve sociale.

A l’heure où l’impact de la télé et des écrans sur les enfants est décrié, que ceux ci sont considérés comme une perte de chances avérée (1) dans les apprentissages, on doit reconnaître une chose surprenante, la vidéo peut nous permettre de stimuler des comportements bénéfiques dans certains cas.

Saviez vous qu’Albert Bandura, éminent psychologue canadien, le démontre très bien dans ses experiences dès 1977 sur des enfants phobiques de chien ?

Après leur avoir fait visionner pendant 4 jours des films de 20 min où l’on voit un enfant jouer et se promèner avec un chien, il observe des résultats encourageants sur leur comportement. L’angoisse de l’enfant diminue et celui-ci arrive plus facilement à se tenir tranquille en présence d’un chien, voire même à le caresser, lorsque les adultes s’en vont.

Sur une autre expérience similaire, il fait visionner cette fois-ci plusieurs plans d’enfant avec un chien, en lieu et place du même enfant avec le même chien. Et dans ce cas, c’est 67% des enfants qui se tiennent avec un chien sans exprimer de crainte.

La vidéo peut donc être un support d’influence et on peut très bien l’imaginer pour nos patients.

Ma piste de réflexion est la suivante, à l’instar de Bandura : montrer plusieurs enfants avec un appareil, dans une situation de confort ou de normalité acceptée. L’idéal serait de le montrer plusieurs fois sur un créneau mi long. Les plans différents de 7-8 secondes permettent d’obtenir du reste un maximum d’attention chez les enfants

J’ai opté pour des mini interview, sans se prendre au sérieux, microphone en plastique, masque de super héros, où l’on interroge les enfants sur le port de la gouttière. L’usage du masque me permet l’anonymat relatif. Le côté amateur tutoriel étant parfaitement respecté et congruent avec l’écoute de nos jours que privilégient les ados

Fort de ces connaissances, on peut imaginer facilement l’impact des vidéos commerciales où l’on décrirait le dispositif soit sur un format publicitaire soit sur un format d’apprentissage. Car ce sont aujourd’hui les 2 usages les plus courants.

Dans le cas du format publicitaire, si le message est répété à plusieurs reprises, nous savons déjà quel résultat nous obtiendrons pour l’enfant ; un objet familier de consommation courante, qui aurait pour conséquence également de l’inféoder encore plus aux écrans.

Dans le cas du format d’apprentissage, s’il n’est pas effectué de manière interactive , comme c’est malheureusement souvent le cas, il est beaucoup plus faible. D’ailleurs Les codes pour l’apprentissage doivent être stricts si on veut qu’ils soient impactants. Le risque étant de diminuer peut être même l’attrait du dispositif, chez des sujets où l’on aimerait stimuler la compliance.

On peut imaginer un mélange des 2, faute de ne savoir comment procéder. Néanmoins sans un message clair, infliger ça aux enfants serait à perte.

construire une vidéo est une tache complexe

Cette vidéo je peux donc la proposer dès la première séance, et en remettre une à la seconde, celle où on posera l’appareil. On peut très bien imaginer une vidéo du même type, à visée commerciale, et intégrant ces schèmes, qui serait vue par les parents et enfants lors d’un rappel de discussion et de prise de décision à la maison sur le sujet de l’appareil orthodontique. La video promotionnelle pourrait être liée au site internet du cabinet. Celle ci étant vue par les parents également, je suis d’avis d’y intégrer en plus des schémas différents.

Pourquoi ? Parce que la cible n’est plus la même.

À ce stade le parent a souvent besoin d’un support pour relayer le jugement ou la croyance qu’il vient d’accepter. Donnons à nos porte voix les moyens de notre conviction. La vidéo doit donc convaincre, et c’est une tache ardue. Je félicite les fournisseurs qui se sont aventurés dans cet exercice car il exige une compréhension complète de diverses problématiques, et qu’en testant différentes versions on est plus à même de critiquer et donc de corriger. (3)

Pour les adultes, des outils de narration existent : pourquoi / comment / quoi (3). Seul cet ordre nous permet de convaincre et influencer un parent. (4)

pourquoi un traitement fonctionnel ? Car nous voulons harmoniser la croissance de nos enfants de la manière la plus naturelle possible

Comment faire porter et avec quels principes ces dispositifs ? Dans les moments calmes pour s’habituer, et principalement la nuit, en favorisant la respiration exclusivement nasale

Quels sont ces dispositifs ? Les gouttières myofonctionnelles

Références :

(1) tv lobotomie, Michel Desmurget

(2) Bandura, A., & Menlove, F. L. (1968). Factors determining vicarious extinction of avoidance behavior through symbolic modeling. Journal of Personality and Social Psychology, 8(2, Pt.1), 99–108. https://doi.org/10.1037/h0025260

(3) commencer par le pourquoi, Simon Sinek

(4) https://www.ted.com/talks/simon_sinek_how_great_leaders_inspire_action/up-next?language=fr

Comment puis je optimiser mes outils de communication papier ?

Partie 1 : le questionnaire médical.

Le premier papier que l’on peut donner en mains propres, c’est le questionnaire médical.

C’est un élément primordial, car il a plusieurs cordes à son arc. C est un document légal tout d’abord donc utile en cas de litiges, et deuxièmement qui vous donne tout un tas d’indices sur le patient.

Cela vous permettra de gagner beaucoup de temps sur la présentation du patient avant qu’il ne s’adresse à vous. Vous pourrez donc vous faire une impression raccourcie de lui grâce à des questions que vous aurez choisies en amont, et ainsi adapter votre discours en fonction lors de la consultation.

Des exemples ; « les parents sont divorcés ? Oui/ non. Savoir si les parents sont divorcés est un élément statistique défavorable pour la compliance. En effet le parent reçoit les informations du praticien et ne va pas les transmettre à son ex conjoint ( car ils ne sont pas dans le même foyer ), c’est juste un problème pratique

Savoir le nombre d’heures passées sur un écran peut être un bon indicateur, l’enfant qui consomme beaucoup d’écrans aura en moyenne plus de difficultés à respecter les consignes énoncées ( un enfant qui passe son temps sur les écrans a du mal à structurer son temps pour les devoirs, pour les tâches du quotidien, il n’en prend pas l’habitude ni les réflexes et il sera difficile de lui demander d’intégrer des consignes thérapeutiques )

On peut donc considérer ce questionnaire médical comme un recueil à indices

On doit aussi profiter de ce questionnaire médical rempli, signé et daté, comme une amorce d’engagement (voir article engagement public et écrit )

L’expérience du pied dans la porte en est un bon départ. Freedman et Fraser (1) en 1966, sont 2 psychologues travaillant en californie. Ils décident d’envoyer des enquêteurs dans les foyers de la côte pour faire l’inventaire des produits ménagers dans chaque maison. 4 personnes fouillant vos placards pendant une demi journée pour savoir ce que vous consommez. 23 % des ménagères laissent entrer les enquêteurs, ce qui est déjà un très bon score.

Dans leur étude, ils décident de passer un appel à ces ménagères 3 jours avant, pour leur soumettre un questionnaire sur les habitudes de consommation.

C est 53% des ménagères qui ouvrent leur porte cette fois ci, devant les enquêteurs

Par conséquent il est aisé d’orienter notre questionnaire avec les éléments suivants :

⁃ A t il déjà consulté un dentiste / ostéopathe / allergologue / orl / orthophoniste ?

⁃ A t il deja été opéré

⁃ Tout jeune a t il pris la tétine/ son pouce / un doudou/ rien / âge d arrêt ?

⁃ La nuit, respire t il par le nez / la bouche / en ronflant ?

Les parents pourront plus facilement acquiescer à votre discours pluridisciplinaire, sur les habitudes nocives de l’enfant ou bien sa respiration. Autant d’éléments qui vous faciliteront leur écoute et leur acceptation pour l’éducation fonctionnelle

Enfin l’utilisation du yes set final achève de mettre le parent en bonne disposition pour le oui. Le yes set, c est la technique en communication hypnotique qui par 2 questions évidentes vers l’affirmative vous amène à un 3 eme oui

Je finis donc avec : « considérez vous les soins bucco dentaires comme importants ? oui / non

Seriez vous d’accord pour suivre des conseils personnalisés sur l’hygiène bucco-dentaire dentaire par votre dentiste ou son assistante ? Oui / non »

Références :

(1) FREEDMAN, J. L., ET S. C. FRASER. (1996) « Compliance without pressure: the foot-in-the-door technique. » Journal of personality and social psychology, no 2, 195.

Pourquoi je vais plus facilement faire accepter un appareil si je le présente en plusieurs fois ?

Principe de familiarité.

Vous avez peut être déjà remarqué que vous n’aimez pas vous voir en photo.

L’expérience de Mita (1) est révélatrice : il se trouve que nous ne sommes pas complètement symétriques. Quand vous vous prenez en photo, vous vous voyez comme les autres vous voient. Hors l’image que vous aimez de vous est celle que vous voyez tous les jours. Celle dans le miroir. C’est donc une représentation différente. Par une retouche photo en utilisant la fonction miroir, votre représentation sera conforme à vos attentes et vous apprécierez.

L’expérience nous montre qu’à représentation égale, l’image familière remporte notre principe d’adhésion.

Nous avons un sentiment favorable envers les choses que nous avons déjà rencontrées.

Pour faire accepter une idée plus facilement à quelqu’un, on va le familiariser à cette idée

Pour faire porter plus facilement une gouttière, on évitera le timing serré d’une seule séance. profitons de la première consultation pour la faire manipuler à l’enfant. Il pourra la porter au second Rv, et cette fois ci plus favorablement.

Références :

(1) « reversed facial images and the mere-exposure hypothesis » Theodore H.Mita, Marshall Dermer et Jeffrey Chevaler 1977