Quelle posture adopter pour rendre nos patients complients ?

La motivation des patients est proportionnelle à la conviction du praticien.

Du moins c est ce que l’on a admis.

«les progrès sont généralement rapides si la motivation de l’enfant et celle de la famille ont été suscitées par la conviction du praticien et de son équipe » (1)

L’effet sawyer

Tom ne demande pas aux autres d’être motivé, il ne donne pas d’explications sur la manière de peindre. Il n’a pas besoin d’un grand discours, ce qu’il fait c’est inciter à la curiosité. En laissant toute la liberté de choix à ces camarades.

Finalement, comme l’énonce Mark Twain « travailler c est faire tout ce qui nous est imposé, et s’amuser exactement l’inverse »

On peut donc mettre sous silence tout le discours rationnel ou informationnel que l’on dispense à nos patients. Il est peu impactant. Dans un premier temps si on désire juste obtenir de l’engagement du patient dans le traitement, lui expliquer par A + B que c’est dans son intérêt, il y a de fortes chances qu’il écoute d’une oreille lointaine et sans effet notoire.

Bernard Werber l’illustre bien dans sa maxime « Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous voulez entendre, ce que vous entendez, ce que vous croyez en comprendre, ce que vous voulez comprendre, et ce que vous comprenez, il y a au moins neuf possibilités de ne pas se comprendre. » (2)

Donner la liberté, c’est donner le choix dans la décision

« Tu es libre de démarrer quand tu seras prêt »

Cette phrase nous permet de mettre le maximum de chances dans l’acceptation.

De plus, on utilise ici un choix illusoire, sous-entendu qu’il portera quoiqu’il arrive l’appareil, tout n’étant qu’une question de timing

Références :

(1) Daniel Rollet 2012 « De l’éducation fonctionnelle à l’occlusion fonctionnelle »

(2) innerview réalisée par le journaliste et cogniticien Jean-Louis Servan Schreiber sur son site L’espèce de Bernard Werber

Le conformisme est il une clé de motivation ?

Solomon Asch (1) élabore en 1951 les prémices de la psychologie sociale avec une expérience en forme de test de perception visuelle.

On doit associer le segment A avec celui de même taille 1,2 ou 3.

La réponse est évidente.

Le candidat va donner sa réponse publiquement chacun son tour après 5 autres candidats. Sauf que les autres candidats sont en réalité des compères ( des acteurs tout simplement ) qui vont donner de fausses réponses volontairement.

Sur 18 questions qui se suivent dans le groupe sans compères les candidats font un sans faute dans 95% des cas.

Dans le groupe avec les compères, c’est seulement 25% des candidats qui sont capables d’avoir l’ensemble des réponses justes.

Une vidéo de l’époque est édifiante

Asch a fait également varier le nombre de personnes pour voir si le conformisme était proportionnel au nombre de personnes.

Il semblerait que seule la possibilité de faire partie d’un groupe est prédominante.

On peut d’ailleurs le voir dans cette vidéo de salle d’attente. La norme sociale s’établit dès que le notion de groupe (numéraire ou symbolique) peut se constituer.

Dans notre pratique, il est par conséquent judicieux de créer ou sous entendre un groupe.

Pour inciter à porter un appareil on pourra s’adresser à l’enfant de cette façon « Sur tous les enfants qui participent au programme des gouttières, 100% ont trouvé que c’était facile de le porter et de réussir »

Porter des gouttières c’est dorénavant faire partie d’un groupe, ou d’un programme. Vous pouvez dès lors, montrer des photos ou des vidéos de ces enfants qui feront figure de témoignage.

Une étude italienne ingénieuse (2), propose à 80 patients nouvellement appareillés de se retrouver dans un groupe WhatsApp (avec des pseudos anonymes) pour un partage photo de leur sourire et compétition sur l’aspect de leur dents (indice de plaque évalués avec santé gingivale). Chaque samedi un modérateur évalue les photos et établit un top 5 des meilleurs participants de la semaine.

Les 3 premiers mois il n’y a pas de différence entre le groupe contrôle et le groupe d’études. Les améliorations deviennent évidentes dans le groupe d’étude dès que la phase de nouveauté disparaît pour le groupe contrôle et que la motivation diminue sur du long cours, c est à dire dès 6 mois

Références :

(1) Asch, S.E. (1951) « Effects of group pressure upon the modification and distortion of judgments » In H. Guetzkow (ed.) Groups, leadership and men. Pittsburgh, PA: Carnegie Press.

(2) Francesca Zotti, Domenico Dalessandri, Stefano Salgarello, Mariagrazia Piancino, Stefano Bonetti, Luca Visconti, Corrado Paganelli (2016) « usefulness of an app in improving oral hygiene compliance in adolescent orthodontic patients » angle orthod 86 (1): 101–107.

(3) Eppright M, Shroff B, Best AM, Barcoma E, Lindauer SJ « Influence of active reminders on oral hygiene compliance in orthodontic patients » Angle Orthod. 2014;84:208–213.

Pour quelle raison, on doit faire payer nos traitements !

Quel rôle joue le prix d’un traitement dans le phénomène de placebo ?

Dans une expérience dirigée par Dan Ariely en 2007 (1), l’efficacité d’un placebo est testée en fonction de son prix. Des cobayes indiquent la quantité de douleur ressentie suite à des décharges envoyées par des électrodes. Ces cobayes prennent un analgésique, en fait de la vitamine C, et 15 minutes après ils évaluent la douleur ressentie sur une échelle de valeur. Pour un placebo à 10 cts le cachet, 1 cobaye sur 2 estime que la douleur a diminué. Pour un cachet à 2,5$, la quasi totalité a ressenti une diminution de leur souffrance avec la vitamine C.

En définitive, la valeur pécuniaire de votre traitement orthodontique donnera plus de confiance et de crédibilité auprès des parents.

En faisant des traitements gratuits, vous avez plus de chance d’avoir moins de crédit et de support de la part des parents. Ça peut être le cas des patients sous couverture mutuelle universelle, où il est judicieux pour cette raison de demander un chèque de caution afin de donner un prix à votre traitement. De même pour les autres parents qui ont une mutuelle, je préconise de faire régler un acompte dès la première séance de pose.

Références :

(1) Rebecca Waber, Baba Shiv, Ziv Carmon, Dan Ariely « paying more for less pain ». 2007 MIT

Est-ce que nos patients portent en réalité nos dispositifs ?

Un tour d’horizon sur la compliance.

Une étude suisse (1) très intéressante, relate la durée du port du casque (headgear) sur 20 enfants en malocclusion de classe II, de 8 à 12 ans.

L’idée, c’est que le casque enregistre la température et la force toutes les 15 minutes.

Le casque est considéré comme utilisé lorsque la force est supérieure à zéro et que la température est proche de la température du corps humain de 35 à 37 °C. Difficile de tromper les résultats avec ces 2 moyens d’enregistrement différents.

Afin d’évaluer la compliance au port, on a demandé aux jeunes patients de porter le dispositif durant 12 heures par jour pendant la période de 8 à 9 mois de l’étude. Tous les patients étaient informés de l’enregistrement et recevaient les mêmes instructions. Le comportement d’utilisation a été observé quotidiennement sur 24 heures.

Résultats :

La durée moyenne de port était de 8,7 heures par jour les jours où le casque était utilisé, ce qui correspond à une compliance de 73 % par rapport aux 12 heures prescrites.

Sauf que le casque n’a pas été utilisé du tout pendant 30 % des jours (une moyenne de 2,6 mois). Il n’a donc été utilisé effectivement que pendant 5,8 mois dans la période d’étude. Si l’on inclut ces jours de non-utilisation, la compliance moyenne tombe à 6,4 heures par jour, ce qui correspond à un taux de compliance de 54 %.

Le taux de compliance restait constant avec 72 % en moyenne au cours des mois d’octobre à mai.

Néanmoins de juin à septembre, il est tombé à 33 % en moyenne. Et pendant les mois d’été, vacances scolaires pour les élèves suisses, de juillet et d’août, la compliance a été la plus faible. Certains participants à l’étude ont complètement oublié de porter leur casque pendant toute la période des vacances ou l’ont simplement oublié à la maison.

Le casque est utilisé presque exclusivement le soir et la nuit, l’utilisation pendant la journée est rare.

Pendant les heures de nuit, de minuit à 7 h, le taux moyen de compliance était de plus de 50 %.

Pendant la journée, il était presque nul, surtout entre 11 et 20 h.

De 8 à 20 h, le casque n’a été porté en moyenne qu’une demi-heure. Cependant, le soir et la nuit, de 20 à 8 h, la moyenne est de 6 heures.

Fait intéressant ; on remarque de faibles différences de compliance entre les jours de semaine et les fins de semaine.

En 1974, Michael Northcutt (2) a introduit un dispositif de chronométrage dans le casque pour mesurer objectivement la compliance.

Quand ses patients ignoraient l’enregistrement, ils déclaraient porter le casque pendant 11 heures par jour, alors que leur temps de port réel n’était que de 6,5 heures sur les 12 heures prescrites (d’où 54 % de compliance au port de casque).

Quand il les informaient de l’enregistrement, il a observé un doublement de la durée d’utilisation hebdomadaire. Néanmoins il s’est aussi aperçu que des patients falsifiaient les résultats.

Une équipe brésilienne dans les années 2000 (3) rapporte que les patients informés d’être chronométrés dans leur port du casque utilisaient 6,7h le dispositif, au lieu de 5,6h quand ils n’étaient pas informés, et le tout sur 12h de prescription. Soit une augmentation de compliance de 48% à 56%.

Ces recherches montrent que les méthodes d’évaluation de la compliance par le patient sont largement surestimées et peu fiables (4). De plus le système pédagogique de surveillance, avec dispositif électronique dans l’appareil, donne lieu à une légère augmentation des résultats de port mais aussi des comportements de falsification.

En conclusion, l’orthodontiste pour l’instant peut facilement déduire la compliance à partir de paramètres cliniques tels que l’ajustement de l’appareil, l’hygiène buccale, l’évaluation de la mobilité molaire, la distance entre les dents et la comparaison des progrès du traitement avec la documentation du traitement initial(3).

Références :

(1) Luis Huanca Ghislanzoni, Sofian Ameur, Gregory S. Antonarakis and Stavros Kiliaridis. « Headgear compliance as assessed by a temperature-sensitive recording device: a prospective clinical study »

European Journal of Orthodontics, 2019, 1–5 doi:10.1093/ejo/cjz036 Original article

(2) Northcutt, M. (1974) « The timing headgear » Journal of Clinical Orthodon- tics, 8, 321–324.

(3) Brandão, M., Pinho, H.S. and Urias, D. (2006) «Clinical and quantitative assessment of headgear compliance: a pilot study ». American Journal of Orthodontics and Dentofacial Orthopedics, 129, 239–244.

(4) Bos, A., Kleverlaan, C.J., Hoogstraten, J., Prahl-Andersen, B. and Kuit- ert, R. (2007) «Comparing subjective and objective measures of headgear compliance ». American Journal of Orthodontics and Dentofacial Orthope- dics, 132, 801–805.

Comment puis je optimiser mes outils de communication papier ?

Partie 1 : le questionnaire médical.

Le premier papier que l’on peut donner en mains propres, c’est le questionnaire médical.

C’est un élément primordial, car il a plusieurs cordes à son arc. C est un document légal tout d’abord donc utile en cas de litiges, et deuxièmement qui vous donne tout un tas d’indices sur le patient.

Cela vous permettra de gagner beaucoup de temps sur la présentation du patient avant qu’il ne s’adresse à vous. Vous pourrez donc vous faire une impression raccourcie de lui grâce à des questions que vous aurez choisies en amont, et ainsi adapter votre discours en fonction lors de la consultation.

Des exemples ; « les parents sont divorcés ? Oui/ non. Savoir si les parents sont divorcés est un élément statistique défavorable pour la compliance. En effet le parent reçoit les informations du praticien et ne va pas les transmettre à son ex conjoint ( car ils ne sont pas dans le même foyer ), c’est juste un problème pratique

Savoir le nombre d’heures passées sur un écran peut être un bon indicateur, l’enfant qui consomme beaucoup d’écrans aura en moyenne plus de difficultés à respecter les consignes énoncées ( un enfant qui passe son temps sur les écrans a du mal à structurer son temps pour les devoirs, pour les tâches du quotidien, il n’en prend pas l’habitude ni les réflexes et il sera difficile de lui demander d’intégrer des consignes thérapeutiques )

On peut donc considérer ce questionnaire médical comme un recueil à indices

On doit aussi profiter de ce questionnaire médical rempli, signé et daté, comme une amorce d’engagement (voir article engagement public et écrit )

L’expérience du pied dans la porte en est un bon départ. Freedman et Fraser (1) en 1966, sont 2 psychologues travaillant en californie. Ils décident d’envoyer des enquêteurs dans les foyers de la côte pour faire l’inventaire des produits ménagers dans chaque maison. 4 personnes fouillant vos placards pendant une demi journée pour savoir ce que vous consommez. 23 % des ménagères laissent entrer les enquêteurs, ce qui est déjà un très bon score.

Dans leur étude, ils décident de passer un appel à ces ménagères 3 jours avant, pour leur soumettre un questionnaire sur les habitudes de consommation.

C est 53% des ménagères qui ouvrent leur porte cette fois ci, devant les enquêteurs

Par conséquent il est aisé d’orienter notre questionnaire avec les éléments suivants :

⁃ A t il déjà consulté un dentiste / ostéopathe / allergologue / orl / orthophoniste ?

⁃ A t il deja été opéré

⁃ Tout jeune a t il pris la tétine/ son pouce / un doudou/ rien / âge d arrêt ?

⁃ La nuit, respire t il par le nez / la bouche / en ronflant ?

Les parents pourront plus facilement acquiescer à votre discours pluridisciplinaire, sur les habitudes nocives de l’enfant ou bien sa respiration. Autant d’éléments qui vous faciliteront leur écoute et leur acceptation pour l’éducation fonctionnelle

Enfin l’utilisation du yes set final achève de mettre le parent en bonne disposition pour le oui. Le yes set, c est la technique en communication hypnotique qui par 2 questions évidentes vers l’affirmative vous amène à un 3 eme oui

Je finis donc avec : « considérez vous les soins bucco dentaires comme importants ? oui / non

Seriez vous d’accord pour suivre des conseils personnalisés sur l’hygiène bucco-dentaire dentaire par votre dentiste ou son assistante ? Oui / non »

Références :

(1) FREEDMAN, J. L., ET S. C. FRASER. (1996) « Compliance without pressure: the foot-in-the-door technique. » Journal of personality and social psychology, no 2, 195.