Le télétravail peut-il être un avantage dans l’orthodontie ?

L’importance du monitoring.

En 2007, 2 phlébologues (1) publient une étude intéressante sur la compliance.

Ils choisissent un groupe de 40 femmes qu’ils suivent sur 4 semaines, et leur donnent des bas de contention avec capteur thermique. Dans le premier groupe ils donnent les consignes usuelles de port et dans le second ils donnent des consignes complètes avec des rappels SMS ou téléphoniques chaque semaine.

Grâce au monitoring sms et téléphone, on arrive à doubler le temps de port des bas de contention.

On notera, comme on le retrouve dans d’autres études, que la compliance meme optimisée reste faible en attente de ce que l’on pourrait espérer. Néanmoins le monitoring est une clé fondamentale dans la compliance

Il y a presque 20 ans aux États-unis est né le homeshoring. C’est la mise en place de plateformes téléphoniques à domicile. Ces entreprises ont les meilleures appréciations en terme de service client. (2)

Incroyable, quand on pense à la réputation des fameux calls centers délocalisés.

Le télétravail permet l’autonomie de nos assistants et à ce titre donne de meilleurs résultats.

Si on considère que le monitoring reste un outil fondamental dans l’amélioration de la compliance, alors oui le télétravail permet de gérer avec rigueur et engagement le suivi des cas thérapeutiques.

Références :

(1) Chahim et Benigni, JMV Mars 2017, Étude prospective randomisée sur la compliance des patients pour le port de bas de compression utilisant un capteur thermique. Rôle des recommandations du praticien pour améliorer la compliance.

https://www.researchgate.net/publication/316503337_Etude_prospective_randomisee_sur_la_compliance_des_patients_pour_le_port_de_bas_de_compression_utilisant_un_capteur_thermique_Role_des_recommandations_du_praticien_pour_ameliorer_la_compliance

(2) Daniel H. Pink, la vérité sur ce qui nous motive 2011, Partie 2 Chapitre 5 in « l’art d’être autonome »

Quelle posture adopter pour rendre nos patients complients ?

La motivation des patients est proportionnelle à la conviction du praticien.

Du moins c est ce que l’on a admis.

«les progrès sont généralement rapides si la motivation de l’enfant et celle de la famille ont été suscitées par la conviction du praticien et de son équipe » (1)

L’effet sawyer

Tom ne demande pas aux autres d’être motivé, il ne donne pas d’explications sur la manière de peindre. Il n’a pas besoin d’un grand discours, ce qu’il fait c’est inciter à la curiosité. En laissant toute la liberté de choix à ces camarades.

Finalement, comme l’énonce Mark Twain « travailler c est faire tout ce qui nous est imposé, et s’amuser exactement l’inverse »

On peut donc mettre sous silence tout le discours rationnel ou informationnel que l’on dispense à nos patients. Il est peu impactant. Dans un premier temps si on désire juste obtenir de l’engagement du patient dans le traitement, lui expliquer par A + B que c’est dans son intérêt, il y a de fortes chances qu’il écoute d’une oreille lointaine et sans effet notoire.

Bernard Werber l’illustre bien dans sa maxime « Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous voulez entendre, ce que vous entendez, ce que vous croyez en comprendre, ce que vous voulez comprendre, et ce que vous comprenez, il y a au moins neuf possibilités de ne pas se comprendre. » (2)

Donner la liberté, c’est donner le choix dans la décision

« Tu es libre de démarrer quand tu seras prêt »

Cette phrase nous permet de mettre le maximum de chances dans l’acceptation.

De plus, on utilise ici un choix illusoire, sous-entendu qu’il portera quoiqu’il arrive l’appareil, tout n’étant qu’une question de timing

Références :

(1) Daniel Rollet 2012 « De l’éducation fonctionnelle à l’occlusion fonctionnelle »

(2) innerview réalisée par le journaliste et cogniticien Jean-Louis Servan Schreiber sur son site L’espèce de Bernard Werber

Le conformisme est il une clé de motivation ?

Solomon Asch (1) élabore en 1951 les prémices de la psychologie sociale avec une expérience en forme de test de perception visuelle.

On doit associer le segment A avec celui de même taille 1,2 ou 3.

La réponse est évidente.

Le candidat va donner sa réponse publiquement chacun son tour après 5 autres candidats. Sauf que les autres candidats sont en réalité des compères ( des acteurs tout simplement ) qui vont donner de fausses réponses volontairement.

Sur 18 questions qui se suivent dans le groupe sans compères les candidats font un sans faute dans 95% des cas.

Dans le groupe avec les compères, c’est seulement 25% des candidats qui sont capables d’avoir l’ensemble des réponses justes.

Une vidéo de l’époque est édifiante

Asch a fait également varier le nombre de personnes pour voir si le conformisme était proportionnel au nombre de personnes.

Il semblerait que seule la possibilité de faire partie d’un groupe est prédominante.

On peut d’ailleurs le voir dans cette vidéo de salle d’attente. La norme sociale s’établit dès que le notion de groupe (numéraire ou symbolique) peut se constituer.

Dans notre pratique, il est par conséquent judicieux de créer ou sous entendre un groupe.

Pour inciter à porter un appareil on pourra s’adresser à l’enfant de cette façon « Sur tous les enfants qui participent au programme des gouttières, 100% ont trouvé que c’était facile de le porter et de réussir »

Porter des gouttières c’est dorénavant faire partie d’un groupe, ou d’un programme. Vous pouvez dès lors, montrer des photos ou des vidéos de ces enfants qui feront figure de témoignage.

Une étude italienne ingénieuse (2), propose à 80 patients nouvellement appareillés de se retrouver dans un groupe WhatsApp (avec des pseudos anonymes) pour un partage photo de leur sourire et compétition sur l’aspect de leur dents (indice de plaque évalués avec santé gingivale). Chaque samedi un modérateur évalue les photos et établit un top 5 des meilleurs participants de la semaine.

Les 3 premiers mois il n’y a pas de différence entre le groupe contrôle et le groupe d’études. Les améliorations deviennent évidentes dans le groupe d’étude dès que la phase de nouveauté disparaît pour le groupe contrôle et que la motivation diminue sur du long cours, c est à dire dès 6 mois

Références :

(1) Asch, S.E. (1951) « Effects of group pressure upon the modification and distortion of judgments » In H. Guetzkow (ed.) Groups, leadership and men. Pittsburgh, PA: Carnegie Press.

(2) Francesca Zotti, Domenico Dalessandri, Stefano Salgarello, Mariagrazia Piancino, Stefano Bonetti, Luca Visconti, Corrado Paganelli (2016) « usefulness of an app in improving oral hygiene compliance in adolescent orthodontic patients » angle orthod 86 (1): 101–107.

(3) Eppright M, Shroff B, Best AM, Barcoma E, Lindauer SJ « Influence of active reminders on oral hygiene compliance in orthodontic patients » Angle Orthod. 2014;84:208–213.

Pourquoi je vais plus facilement faire accepter un appareil si je le présente en plusieurs fois ?

Principe de familiarité.

Vous avez peut être déjà remarqué que vous n’aimez pas vous voir en photo.

L’expérience de Mita (1) est révélatrice : il se trouve que nous ne sommes pas complètement symétriques. Quand vous vous prenez en photo, vous vous voyez comme les autres vous voient. Hors l’image que vous aimez de vous est celle que vous voyez tous les jours. Celle dans le miroir. C’est donc une représentation différente. Par une retouche photo en utilisant la fonction miroir, votre représentation sera conforme à vos attentes et vous apprécierez.

L’expérience nous montre qu’à représentation égale, l’image familière remporte notre principe d’adhésion.

Nous avons un sentiment favorable envers les choses que nous avons déjà rencontrées.

Pour faire accepter une idée plus facilement à quelqu’un, on va le familiariser à cette idée

Pour faire porter plus facilement une gouttière, on évitera le timing serré d’une seule séance. profitons de la première consultation pour la faire manipuler à l’enfant. Il pourra la porter au second Rv, et cette fois ci plus favorablement.

Références :

(1) « reversed facial images and the mere-exposure hypothesis » Theodore H.Mita, Marshall Dermer et Jeffrey Chevaler 1977